Rapport de Stage - APAHT Centre El Walid

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Stage effectué par Georg Schepers et Pascal Baumgartner pendant 7 mois, de décembre 2003 à juin 2004.

A l'attention de Monsieur le Président national de l'APAHT et de nos chers amis

Dans ce deuxième rapport dans le cadre de notre service bénévole en Tunisie, nous allons vous exposer nos expériences faites durant notre stage au sein du centre El Walid. Nous commencerons par vous présenter ce nouveau centre socio-éducatif, puis nous allons vous expliquer les différentes tâches dont nous étions chargés. Ensuite, nous vous proposerons un aperçu de notre vie quotidienne et nous allons conclure par quelques réflexions.

Le centre El Walid de l'APAHT

Le jeune centre El Walid, dont le nom signifie justement 'le nouveau-né', a ouvert ses portes à Ariana en septembre 2003. Le bâtiment a été construit sur les fondations d'une ancienne école. Il se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages. Pour le moment, seuls les deux premiers niveaux sont utilisés en tant qu'espace éducatif avec des salles de cours et des ateliers. Le deuxième étage est encore en construction. Il est prévu d'y aménager entre autres une grande salle polyvalente et une terrasse couverte.

Du lundi au vendredi, de 9 à 16 heures, le centre accueille actuellement 45 enfants et jeunes gens, âgés de 4 à 28 ans, ayant un handicap mental léger ou moyen ; parmi eux se trouvent également quelques insuffisants moteurs. Ils sont issus en majorité d'un milieu aisé, mais certains viennent aussi des quartiers simples et populaires. Pour la prise en charge de l'enfant, une somme mensuelle doit être versée par les parents. Les familles ayant des moyens financiers limités bénéficient d'une réduction.

Durant la matinée, les enfants sont répartis en plusieurs groupes. Les plus petits jusqu'à 6 ans sont pris en charge dans le jardin d'enfants. Le groupe suivant est une classe spécialisée qui encadre particulièrement des enfants présentant des traits autistiques. Les autres jeunes sont groupés selon leur âge et leurs capacités mentales en trois classes et suivent un emploi du temps bien défini comparable à celui d'une école normale. Les élèves ont ainsi, d'une part, des séances habituelles destinées à améliorer leur motricité ou leur autonomie et, d'autre part, des cours de langue arabe, de maths ou de sciences, évidemment adaptés au niveau des enfants. Ce système parascolaire permet à l'enfant et à l'adolescent, en respectant son droit à l'éducation, d'acquérir des connaissances générales.

Après trois heures de cours, les enfants s'installent ensemble dans la 'cantine' du centre et prennent leur repas de midi qu'ils apportent pour le moment encore de chez eux. Ensuite, les enfants se reposent et se détendent jusqu'à 13 heures.

L'après-midi, les jeunes des trois classes mentionnées ci-dessus sont répartis de nouveau en différents groupes, cette fois selon leur âge, leurs aptitudes intellectuelles et leur sexe. Ces groupes, qui s'agrandissent avec l'arrivée des enfants de la classe spécialisée (également de l'APAHT) d'une école d'Ariana, participent à diverses activités proposées sous forme d'ateliers. Les enfants peuvent par exemple laisser libre cours à leur créativité dans l'atelier de peinture ou de poterie, se défouler pendant les cours de sport ou préparer des petits plats et des gâteaux dans la cuisine.

Ces ateliers finissent à 16 heures et les proches viennent chercher les enfants. Pour ceux qui n'arrivent pas à temps pour les récupérer, le centre a mis en place une garderie.

En plus de ce déroulement quotidien, les enfants du centre bénéficient une fois par semaine de séances d'hippothérapie au club équestre de Ksar Saïd et de cours spécialisés d'informatique au Centre National d'Informatique Pour l'Enfant (CNIPE).

Une prise en charge organisée et une éducation effective de l'enfant sont garanties par l'équipe du centre qui se compose des personnes suivantes: Une directrice et une secrétaire se chargent des affaires administratives. Une enseignante et un enseignant, trois éducatrices polyvalentes, deux aides-éducatrices ainsi qu'un aide-éducateur forment l'équipe pédagogique et s'occupent de l'éducation. Le duo paramédical constitué d'une psychologue et d'une orthophoniste assure la rééducation. Deux femmes de service se consacrent à la propreté du centre et à la cuisine. Plusieurs volontaires comme une professeur d'art, une professeur de musique ou bien aussi une étudiante viennent apporter leur soutien au centre en proposant et en dirigeant des ateliers l'après-midi.

En résumé, le centre El Walid assure une prise en charge globale qui doit associer les activités à caractère médical, psychologique, social, éducatif, scolaire, professionnel et de loisirs au profit des enfants ayant un handicap. Ceci vise à l'épanouissement et au développement de toutes leurs potentialités intellectuelles, affectives et physiques et à l'acquisition d'un maximum d'autonomie dans les actes de la vie quotidienne en vue d'assurer leur intégration sociale.

Tâches

Pendant les sept mois au sein du centre El Walid nous avons accompli les tâches suivantes:

Aide-éducateur

Bien que nous n'ayons pas de formation spécialisée dans le domaine de l'enfant handicapé, mais grâce à nos expériences faites dans la section de Menzel Temime, nous étions chargés de l'éducation en tant qu'aides-éducateurs. D'abord accompagnés et guidés par un collègue expérimenté et puis seuls, nous avons pris en charge les enfants dans les 'matières' suivantes: motricité fine et globale, schéma corporel et français. Ce travail si intensif avec les enfants était nouveau et pas toujours facile pour nous. Ce n'est qu'après un certain temps que nous avons acquis la condition nécessaire pour tenir toute la journée en classe. Cela nous a permis d'approfondir nos connaissances sur le métier d'éducateur et d'enseignant et nous sommes persuadés que ces gens font un travail magnifique et qu'ils méritent davantage d'attention et de respect.

Comme aides-éducateurs, nous nous sommes non seulement occupés de l'éducation, mais nous avons également accompagné les enfants pendant les sorties, soit habituelles à l'hippothérapie ou au CNIPE, soit exceptionnelles à Carthage Land ou au Parc Belvédère.

Moniteur d'atelier

L'après-midi, les enfants du centre bénéficient de cours où leur sont proposées plusieurs activités manuelles comme par exemple la poterie, la couture ou l'informatique. Dans ce cadre, nous avons surveillé les cours et guidé les enfants dans les ateliers suivants:

Informatique: En premier lieu, l'enfant handicapé apprend à maîtriser la souris, c'est-à-dire à coordonner le mouvement de sa main avec les ordres de l'œil. Ceci se fait surtout en utilisant des programmes de dessin. Dans ce domaine, les enfants ont beaucoup progressé et sont maintenant capables de dessiner sans guidance des motifs assez complexes comme des arbres ou des maisons.

Jardinage: L'idée de cet atelier est que l'enfant vivant dans un milieu urbain retrouve le contact avec la nature et qu'il puisse en même temps se défouler en plein air. Malheureusement, la cour extérieur du centre n'est pas encore aménagée pour cette activité, par conséquent le travail des enfants consistait plutôt à arracher les mauvaises herbes et à travailler la terre pour enlever des déchets. Avec la reprise des travaux dans le centre, le jardinage a dû être interrompu.

Autonomie: L'autonomie étant un des objectifs principaux de la prise en charge de l'enfant handicapé, un atelier y est bien sûr consacré. Sous guidance, les enfants apprennent à s'habiller, à lacer leurs chaussures, mais aussi à faire de la bicyclette ou à ranger leurs sacs. Jusqu'à ce qu'il maîtrise ces actions, l'enfant a besoin de beaucoup de temps et de patience.

Jeux compétitifs: Le comportement dans des situations compétitives n'est pas seulement chez l'enfant handicapé un point difficile. Le but de cet atelier est de montrer un esprit sportif, même en cas de défaite, et de vaincre sans blesser les autres. En jouant à des jeux de société et en faisant des compétitions sportives, nous avons montré aux jeunes la façon appropriée de réagir ; c'était une tâche dure qui nécessitait parfois la présence de la psychologue.

Maintenance

Comme à Menzel Temime, nous avons occupé à Ariana aussi le poste de concierge et le travail ne manquait pas. Le centre venait d'être inauguré et n'était pas encore aménagé définitivement. Le nouveau matériel qui arrivait devait être rangé dans les salles, il fallait fixer les tableaux aux murs et déplacer des armoires. Nous avons installé des fenêtres et peint des portes, bref nous avons fait tous les travaux pour lesquels nous avions les connaissances et les outils nécessaires à notre disposition.

Documentation / Stock

Etant donné que tout travail sérieux est basé sur une bonne organisation, nous avons mis en œuvre une sorte de CDI (Centre de Documentation et d'Information). Ceci permet premièrement à l'éducateur d'avoir une meilleure impression générale sur le matériel mis à sa disposition et deuxièmement d'économiser des ressources car il n'est plus éparpillé dans les différentes classes où il se perd facilement. Tout d'abord, nous avons aménagé un stock et ramassé tout. Ensuite, le matériel a été classé et répertorié dans un inventaire qui a été distribué à tout le personnel éducatif et paramédical. A partir de ce moment-là, chaque enseignant devait inscrire les choses empruntées et il en était responsable jusqu'à ce qu'il les rende en bon état. Comme le centre s'agrandira dans les années à venir, il est souhaitable que ce système soit appliqué avec plus de vigilance pour qu'on puisse profiter du matériel le plus longtemps possible et assurer une éducation efficace.

Jardinier

La cour intérieure ainsi que l'espace extérieur sont des endroits idéaux qui permettent à la nature de pénétrer dans la ville. Pour lui faciliter cette tâche, nous avons été chargés d'aménager un jardin à l'intérieur et de préparer l'espace en dehors du bâtiment. Dans la cour, toujours bien tempérée et assez humide, les plantes ont trouvé des conditions favorables, seulement gênées par la mauvaise habitude de quelques enfants de leur arracher les feuilles. Nous espérons retrouver dans quelques années un jardin fleurissant avec du jasmin à l'odeur ravissante et un palmier impressionnant et nous remercions à cette occasion les experts qui nous ont soutenus. Par contre, à l'extérieur, l'héritage des ouvriers qui y vivaient pendant la construction du centre nous a mis dans l'impossibilité de finir ce que nous avons commencé.

Notre vie quotidienne

Le déménagement de la campagne de Menzel Temime pour nous installer dans le quartier peuplé de l'Ariana a naturellement bouleversé notre mode de vie. Soudainement plongés dans l'anonymat de la grande ville, nous pouvions passer inaperçus partout. Plus personne ne trouvait ça 'mouch normal' qu'un Européen vive et travaille en Tunisie. Mais, petit à petit, nous nous sommes fait connaître et nous avons ainsi eu la chance de découvrir l'autre Tunisien , habitant de la capitale, moderne et évolué, mais aussi plus distant.

Par ailleurs, nous avons pu profiter des avantages qu'offre la capitale avec son infrastructure complexe et moderne. Nous pouvions nous promener dans le centre-ville animé , boire un jus de fruits au café mixte et également nous distraire en sortant le soir. Mais il n'y a pas que les loisirs qui nous intéressaient, nous avons aussi profité de l'occasion pour améliorer nos connaissances en langue arabe en nous inscrivant à l'Institut Bourguiba. Nous avons passé l'examen à la fin du premier niveau avec succès et nous prévoyons d'y poursuivre l'apprentissage de l'arabe en participant à un cours intensif pendant les vacances d'été.

Durant notre stage à Tunis, nous avons habité au centre El Walid - même. Nous avons transformé une salle de classe au deuxième étage en un logement simple et agréable. En outre, le parcours quotidien entre notre chambre au deuxième, les lavabos et les toilettes au premier, la douche au coin de la rue et la cuisine au rez-de-chaussée nous maintenait en forme et le bruit des travaux était pour nous un réveil fiable et ponctuel.

Comme auparavant et heureusement, nous ne devions pas faire la cuisine nous-mêmes. Les aimables membres du comité de parents se sont arrangés et ont mis en place un système idéal pour garantir nos repas jour après jour: Chaque matin, l'un des parents apportait un panier rempli de bonnes choses à manger.

Conclusion

En ajoutant au temps vécu à Menzel Temime les sept mois passés à l'Ariana, où le travail et la vie étaient intéressants et variés à la fois, nous nous sommes fait une vue d'ensemble du pays, de la culture arabe, des gens et de leur mentalité. Maintenant, nous voyons la Tunisie avec d'autres yeux et nous en sommes tombés amoureux.

Quand nous regardons en arrière et que nous réfléchissons à ce que nous avons fait et vécu, nous sommes entièrement sûrs d'avoir fait le bon choix en venant passer une année au service des autres en Tunisie. Nous repartons ainsi en Allemagne avec une valise pleine de riches expériences, d'impressions, de bons souvenirs et de projets ambitieux.

Fait à l'Ariana, le 20. Juin 2004